Comment (presque) faire couler un club ?
Quand John Textor a pris le contrôle de l’Olympique Lyonnais fin 2022, le club français était déjà fragilisé par un endettement important lié au stade et à divers prêts, et il avait besoin d’une recapitalisation urgente pour rester stable. La DNCG, gendarme financier du football français, avait alerté sur le risque d’une crise majeure si des injections de fonds conséquentes n’étaient pas apportées. Malgré ces avertissements, Textor s’est engagé à investir massivement, promettant près de 293 millions d’euros pour redresser la situation. Pourtant, six mois après la prise de contrôle, la trésorerie du club avait été divisée par deux et la dette nette continuait de croître, atteignant près de 346 millions d’euros fin 2024.

Pour relancer l’équipe, Textor a lancé un mercato à gros budget, dépensant environ 150 millions d’euros pour recruter des joueurs comme Moussa Niakhaté et Orel Mangala. Mais ces dépenses n’ont produit aucun retour immédiat sur le plan sportif et ont encore accru la pression financière. En parallèle, l’OL a cédé des actifs essentiels, notamment l’équipe féminine, des clubs affiliés à l’étranger et l’arène multisports LDLC. Ces ventes, censées équilibrer les comptes, se sont révélées insuffisantes. Pire encore, certains transferts de joueurs n’ont jamais été enregistrés officiellement, laissant peser près de 100 millions d’euros de dettes sur des transactions incertaines.
Cette accumulation de choix financiers risqués a conduit à la sanction ultime de la DNCG : en 2025, l’OL a été rétrogradé administrativement en Ligue 2. Les comptes de la saison 2024‑2025 montraient un déficit net de 201,2 millions d’euros, et la dette globale atteignait environ 450 millions d’euros, malgré la vente de joueurs majeurs. Les garanties financières apportées par Textor ont été jugées insuffisantes pour assurer la viabilité du club.

L’ère Textor a également été marquée par une gouvernance contestable : un modèle multi‑clubs complexe, des transferts croisés et des promesses non tenues ont fragilisé la crédibilité de la direction. La vente d’actifs symboliques a été perçue comme un démantèlement de l’identité et de l’âme du club. Les supporters ont exprimé leur colère, huant Textor lors de matchs, et les médias ont qualifié sa présidence de “naufrage lyonnais”.
Sportivement, l’OL se retrouve dans une situation inédite, avec une relégation administrative, une image ternie et un moral affecté. Financièrement, malgré les injections de capitaux et les ventes, les dettes et les engagements contractés restent lourds, et le club doit encore assainir sa situation. La nouvelle direction, avec Michele Kang et Michael Gerlinger, tente de reconstruire un club stable et crédible, mais le chemin est long.

L’histoire de l’OL sous John Textor est devenue un exemple de gestion catastrophique : un déséquilibre entre ambition financière et responsabilité à long terme, un empilement de dettes, des ventes d’actifs essentiels, et un manque de vision durable. La survie du club est désormais possible, mais au prix d’une reconstruction profonde, sportive, financière et symbolique.
